Passé au crible, le volet logement social a occupé une large partie du rapport de suivi élaboré par la Banque mondiale en 2017 concernant la situation économique en Algérie.

Il en ressort, en substance, que “le rôle dominant du gouvernement sur le marché du logement limite la capacité de la chaîne de valeur et entraîne un retard important dans la livraison”. Pis encore, le document indique que “la demande en logement social demeure excédentaire à cause d’un mauvais ciblage, ainsi que de politiques locatives régressives et inefficaces entraînant une très faible rotation des locataires” et que “la locationvente a été un mécanisme efficace pour l’enrichissement de ses bénéficiaires, mais elle est insoutenable”. En somme, on en déduit que l’État algérien ne sera pas en mesure de contenter tous les souscripteurs, notamment en ces temps de disette, mais aussi et surtout s’il persiste dans la même approche. Et c’est justement une réalité que les spécialistes du domaine n’ont eu de cesse à mettre en exergue, mais en vain. Le rapport en question ne manque pas, d’ailleurs, de rappeler que “malgré les efforts, le besoin de logements reste élevé en Algérie, reflétant ainsi le défi de soutenabilité des programmes de logements en cette période de déséquilibre budgétaire”. Pour preuve, “le plan initial de la période 2015-2019, qui prévoyait la livraison d’environ 3,18 millions de logements subventionnés par l’État (toutes formules confondues), a été réduit à 1,63 million d’unités avec le resserrement du budget de l’État suite à la baisse des prix du pétrole”. Le rapport relève, plus loin, que “le financement public algérien du logement est l’un des plus élevés au niveau international” pour avoir investi “entre 2010 et 2015 environ 2 450 milliards de dinars pour construire et entretenir les logements. Soit environ 5% des dépenses totales du gouvernement et environ 2,2% du PIB et un sixième des transferts sociaux et un septième des dépenses totales d’investissement”. Raison pour laquelle dans la partie réservée aux orientations, le document en question parle de “la nécessité de la mise en place de réformes du marché de l’immobilier pour améliorer l’efficience de l’ensemble du marché, mettre fin à la spéculation et réduire l’écart entre l’offre et la demande de logements”. Car il est dit clairement que “la croissance du marché de l’immobilier est aujourd’hui freinée par l’offre  limitée de terrains, dans la mesure où l’État, propriétaire principal des terrains en Algérie, n’en propose que très peu aux particuliers et promoteurs privés, la faible transparence du marché en ce qui concerne le nombre de transactions, le prix des propriétés, les rendements, le profil des acheteurs, etc. Ce qui affaiblit considérablement le processus de valorisation, les droits d’enregistrement relativement élevés favorisant ainsi les activités informelles et illégales, des subventions et des taxes qui ne découragent pas la rétention de terrains et de logements inoccupés d’une valeur d’environ
1,2 million en termes de capital, c’est-à-dire 20% de l’ensemble du parc immobilier”. Pour toutes ces raisons, l’Algérie se retrouve avec les prix des logements trop élevés par rapport aux revenus.  “Entre 2003 et 2013, les prix de l’immobilier ont été multipliés par six dans la capitale,
Alger, pour atteindre un prix moyen de 200 000 DA/m², faisant du marché immobilier algérien le plus cher d’Afrique du Nord”, souligne le document, qui ajoute : “Un appartement à prix modéré à Alger coûte environ 10 millions de dinars, soit environ quinze fois le revenu annuel net d’un ménage moyen avec deux salaires, alors qu’un ratio de 2,5 à 5 est considéré comme la limite de l’accessibilité pour de nouveaux acquéreurs. Environ 28% des ménages algériens gagnent encore moins de 52 000 DA par mois et environ 52% gagnent moins de 80 000 DA, ce qui rend l’achat d’un logement hors de portée de la plupart des ménages.”

Nabila Saïdoun

Source : Liberté Algérie  22-01-2018